Ce billet a bien failli ne pas voir le jour : pas assez d’aventures, pas assez décalé…heureusement, je connais quelqu’un au comité de lecture !
Petit détour préalable quand même par le dictionnaire, qui me donne pour aventure : « ce qui arrive d’extraordinaire à quelqu’un » et pour décalé : »inattendu »; Mon histoire colle, oyez-la donc !
Bref historique :
Jusqu’à une date très récente, celle de mon aventure décalée donc, je n’ai jamais consommé quoi que ce soit dont la date de péremption était dépassée, fut-ce d’un jour !
Risée de mes amis, je poursuivais mon bonhomme de chemin brassant des tonnes de marchandises lorsque j’allais acheter un paquet de pâtes pour attraper celui qui est tout au fond (merci maman !) parce que la date va plus loin, expression obscure (euh..merci maman !).
Lors de ma première randonnée au Maroc, je m’aperçus avec effroi que le dromadaire chargé des provisions transportait nonchalamment sur sa bosse, par 40° à l’ombre…des oeufs ! Epouvantée j’étais ! Chez moi, les oeufs sont au frais, la date va plus loin que loin ! Aussi, je tirai régulièrement et nerveusement le guide par la manche de sa djellaba pour lui demander quand est-ce que ces oeufs seraient au menu….
Quand ils y ont été, après trois jours de tangage sur le dromadaire, j’ai fait l’impasse.
Mais j’ai appris une foule de choses que je vous livre pêle-mêle : les oeufs, c’est un milieu stérile, tant qu’ils sont pas félés, y sont bons, comme dans la vieille pub Lustucru (pas d’oeufs fêlés qu’ils ont dit !, vous vous souvenez ?). Ah, et autre chose : tout ce qui est sec est éternel, je n’en ai donc plus pour longtemps mais ce n’est pas le sujet !
Donc les nouilles, le riz, tout ça cru bien sûr, c’est bon TOUJOURS ! Vaste sujet philosophique que l’éternité !
Après même pas deux ans de méditation sur toutes ces révélations, un beau soir de février, je me suis lancée et j’ai fait des nouilles périmées depuis deux semaines, avec un peu de jambon périmé depuis la veille. Bon d’accord, le jambon, je l’ai fait bouillir, les nouilles aussi d’ailleurs ! Je ne me sentais plus de fierté, juste un peu d’angoisse dans l’attente des résultats. Deux jours après, j’étais toujours en forme, même si j’avais jeté le reste du paquet de nouilles : je suis débutante dans le périmé quand même !
Et je raconte toute contente cette aventure à celui qui m’a tout appris sur l’éternité des oeufs et des secs, bref mon maître à penser, et là….il a conclu en me disant : « Le jambon, t’aurais pas dû ! »
L’aventure décalée est un grand moment de solitude !!!
Au-delà de cette limite…
Sur la ligne TGV Bordeaux Paris
Dans les voyages, grands ou petits, il y a toujours le chemin emprunté pour aller de son point de départ à son point d’arrivée. Cette route, du latin via et par la suite voyage, est le sas qui nous permet souvent de passer d’un monde à l’autre. D’un état personnel à un autre. Je ne suis pas du tout pour la téléportation, pas de voyage à bord de l’Enterprise donc, qui réduirait à néant ce temps à regarder par la fenêtre.
Un moment à regarder l’horizon et au-delà, un après-midi d’hiver.
Moi aussi, j’ai chassé avec les Hadzabe
Réveil à 4h30 au camp Kisima Ngeda sur les rives asséchées du lac Eyasi en Tanzanie. Se lever n’est pas difficile dans cet endroit magique. Nous bouclons rapidement nos sacs et quittons notre tente « grand confort ». Nous découvrons alors sur la terrasse un plateau avec café, petits sablés et 2 adorables mini-bananes.
J’engloutis tout ce que je peux et fourre le reste dans mon sac. La chasse peut s’avérer longue…
5h : nous retrouvons notre chauffeur-guide Salim et notre guide local spécialement réquisitionné pour la chasse avec les Hadzabe et nous nous engouffrons dans le 4×4.
Une bonne heure de piste plus tard, Salim coupe le moteur au milieu du bush. Nous voici en territoire Hadzabe.
Nous découvrons alors, cachés derrière un mur de broussailles, de jeunes garçons, tout juste adolescents, ornés de perles et vêtus de peaux de babouins et de bermudas déchirés. Ils forment plusieurs cercles autour de petits feux et fument de bon matin des pétards tout en préparant leurs flèches et leurs arcs.
Un peu à l’écart, quelques femmes et des enfants attendent le lever du soleil.
Personne ne semble ni surpris, ni intéressé par notre présence. Nous passons d’un groupe à l’autre, observons le matériel de chasse, mitraillons de photos cette tribu de chasseurs hors du temps.
Un groupe de quatre jeunes Hadzabé part soudainement au petit trot dans le bush suivi de trois chiens bâtards. La chasse a démarré. Nous comprenons vite qu’essayer de les suivre de près est peine perdue. Alors, nous préférons garder notre guide de vue. Nous écoutons les cris, les aboiements des chiens, nous voyons parfois nos jeunes chasseurs surgir d’un buisson et filer vers un autre et nous tentons d’avancer dans cet environnement hostile entre acacias et autres arbustes couverts d’épines.
Le butin de la chasse finit par se monter à trois oisillons. Attrapés, ou pour être tout à fait clairs, tués à la flèche et à l’arc !
Le butin étant maigre, nos chasseurs décident visiblement de se le partager plutôt que le rapporter au reste de la tribu. Un feu est vite allumé en frottant deux bouts de bois l’un contre l’autre et le maigre gibier vite grillé. Nous déclinons tout aussi vite leur invitation à partager ce repas frugal.
De retour au campement de fortune, nous sommes accueillis par des chants traditionnels et quelques pas de danses.
Nous remontons dans notre 4×4. La chasse est terminée. Notre voyage au cœur du monde des Hadzabé, aussi.
De Guantanamo à Disneyworld
Petit matin frileux de février à l’embarquement d’Orly. Je pars pour ma deuxième rando au Maroc. Mon petit sac à dos est dirigé sur une voie de délestage et je pense à un contrôle aléatoire.
S’ensuit un dialogue surréaliste :
- L’agent : en 2011, trimbaler un couteau en bagages à main !
- Moi : ah oui ça c’est incroyable !
- Lui : mais c’est de vous que je parle madame
- Moi : vous êtes sûr ? Mais où il est ?
- Lui (qui devient soupçonneux) : vous devez bien le savoir !
Sauf que non, je n’en sais rien.
S’ensuit une fouille au corps en règle du sac à dos…et toujours pas de couteau. Rien dans le sac, rien dans les sangles.
Je ne me sens pas de plus en plus fière…nouveau passage du sac à dos au rayon X et nouvelle détection du couteau.
L’agent découvre une poche sous le sac qui contient l’imper, et devient menaçant : « je n’aimerais pas le trouver là »
Je me dis que moi non plus ça me plairait pas trop. Je commence à faire un peu le tour de ce qui arrive, réfléchit que les 3 seuls visas sur mon passeport sont le Maroc, la Syrie et la Jordanie et que ça ne va pas vraiment m’aider…
Ouf il n’y est pas ! Et puis cet homme zélé trouve enfin une dernière poche le long de la paroi du sac, et en extirpe, enroulé dans des serviettes Mickey un couteau à fruits ! Continuer la lecture
J’ai photographié le photographe
Vous voyez ce photographe sur la photo ci-dessous à gauche ? Ce photographe, tout petit au loin, avec son appareil de professionnel sur pied. Il photographie un ensemble d’arbres morts dans le désert du Namib. Plus précisément à Dead Vlei près de Sossusvlei en Namibie.
Maintenant, si vous utilisez Snapseed disponible dans l’Apple store, qu’elle image voyez vous comme exemple à l’ouverture de l’application ?
Alors imaginez vous, face à ces acacias. Tournez la tête d’un quart de tour vers la droite. Aucun doute vous nous voyez en train de prendre la photo.
La photo du photographe prenant la photo des acacias grillés au soleil du désert depuis 900 années !
J’ai chassé avec les Hadzabe
4h30 du matin, le réveil sonne. Tout est très calme dehors. Les insectes, si bruyants au moment de se coucher, ont disparu. Je sors. L’air est doux. Je n’ai pas froid. Un plateau est posé sur la petite table de la terrasse devant la tente. Deux tasses, du café, des gâteaux secs et des fruits. Pas trop de temps ni l’envie à cette heure matinale pour s’attarder au petit déjeuner.
Notre guide et notre chauffeur nous attendent. Il y a 1 heure de piste avant d’arriver à destination. Les phares du 4×4 trouent la nuit, on devine la silhouette des acacias qui nous entourent. Pas vraiment réveillé, secoué sur la piste défoncée, l’ambiance semble irréelle, machine à voyager dans le temps à la rencontre de chasseurs-cueilleurs, l’une des dernières tribus primitive de Tanzanie, située sur les rives du lac Eyasie, non loin de la vallée du Rift.
L’aube se lève à peine quand le 4×4 s’arrête dans un espace où la végétation est moins dense. Notre guide sort du véhicule et nous demande d’attendre. S’éloignant en direction de buissons formant une barrière naturelle, nous le voyons disparaître. Quelques minutes plus tard, il revient, nous invitant à notre tour à franchir cette barrière spatio-temporelle. Continuer la lecture
Voir les animaux aussi
Je ne sais pas si vous connaissez la Namibie, mais c’est un grand pays, avec personne ! Enfin presque personne mais pas grand monde non plus. On peut rouler une journée entière sans croiser un seul autre véhicule. C’est beau, c’est dépaysant mais faut pas tomber en panne. Un autre intérêt de la Namibie est la découverte de la faune sauvage africaine, principalement dans le nord du pays en visitant le parc national d’Etosha et c’est précisément, à cet endroit, que commence cette histoire.
Les animaux sont un peu comme nous, ils ont des heures pour la sieste et des périodes plus actives. C’est durant ces moments là qu’il faut aller les observer, le matin de bonne heure ou le soir au coucher du soleil.
Nous sommes arrivés à Etosha en fin de matinée, en évitant quelques girafes, trop occupées à manger des branches d’acacia pour nous libérer la route. Le temps est agréable soleil et température estivale. Le camp Namutoni, est un ancien fort, tout blanc. On gare la voiture, formalités à la réception du lodge, prise de possession de notre chambre, belle chambre je me souviens, grande salle de bain en pierre naturelle donnant sur la savane. La vie dans le camp est agréable, restaurant ombragé dans la cour du fort, piscine au milieu de la végétation. Nous, on profite de tout cela, les animaux font la sieste et nous on joue aux touristes. Continuer la lecture
Mon voyage en TGV Marseille – Paris
Nous voici installés dans nos fauteuils de la 1ère classe, dos à la porte, avec notre pique-nique, nos revues, nos livres de poche et nos téléphones portables.
Nos amis voyageurs se font rares, une jeune femme de l’autre côté du couloir, un couple quelques sièges plus loin… et trois hommes derniers nous.
Ceux-ci, après avoir bruyamment conversé de foot ou de rugby, descendent à Avignon.
Deux personnes montent et s’installent un peu plus loin. Et puis rien. Rien à signaler. Et puis voilà mon amoureux qui décèle un colis suspect derrière nous : un sac noir et un étui à lunettes lâchement abandonnés sur le porte bagage situé presque au dessus de nos têtes.
C’est sûrement aux gaillards descendus à Avignon, oui un oubli malheureux, quel dommage pour eux. Ce n’est sûrement pas un colis piégé, nous sommes si peu nombreux dans ce wagon, ce n’est pas un colis piégé, ce n’est pas possible ! Si, non, SI.
Alors qu’est-ce qu’on fait dans ces cas là. On se regarde paniqué, on garde son calme, on alerte tout le wagon, on se tait (mais seulement par peur du ridicule), on fait comme si on ne l’avait pas vu ce colis piégé… et puis finalement après 20 minutes d’angoisse et de psychose, on décide d’alerter les contrôleurs.
On se dit aussi que ces gars de la SNCF, ils sont formés à la gestion des situations périlleuses. Pour preuve, le premier arrive bourré de tics et complètement désarçonné devant ce sac abandonné et le second, complètement agité, s’empare dudit sac sans aucune hésitation en le secouant dans tous les sens. Il s’apprête même à l’ouvrir au moment où je hurle que tout va péter ! C’est alors que nos deux contrôleurs prennent conscience de la gravité de la situation.
Ils posent aussitôt le colis piégé, prennent un air de grands professionnels et nous demandent de noter nos noms, adresse et numéro de téléphone sur un bout de papier déchiré à la hâte.
A cet instant, nous voyons débarquer un type prêt à crier au voleur. Cet idiot était monté à Avignon et avait immédiatement filé au bar après avoir déposé ses affaires.
Les contrôleurs s’excusent platement, lui rendent son sac et nous remercient pour notre sens du devoir !
Nous, nous enfonçons dans nos sièges morts de rire, morts de honte.
Ici s’arrête l’aventure.








